Salle de pause : les murs ont des oreilles


Ce qui se dit en salle de pause reste-t-il en salle de pause ? Pas lorsque la cloison est mince et que les propos visent des collègues, répond la Cour de cassation.

Le principe est pourtant protecteur : « Chacun a droit au respect de sa vie privée » (article 9 du code civil), y compris, selon une jurisprudence constante, au temps et au lieu de travail. Ainsi, une conversation privée, qui n’est pas destinée à être rendue publique, ne peut en principe justifier un licenciement disciplinaire, comme l’a jugé l’Assemblée plénière de la Cour de cassation à propos d’échanges tenus sur une messagerie personnelle (Ass. plén., 22 décembre 2023, n° 21-11.330).

En février 2021, une responsable comptable et administrative, entrée dans l’entreprise en 1983 comme aide-comptable, fut licenciée pour faute grave. Il lui était reproché d’avoir tenu, avec deux collègues, dans la salle de pause, des propos « discriminants et haineux particulièrement graves » à l’encontre de plusieurs collaborateurs et des dirigeants de l’entreprise. Parmi les propos rapportés figuraient « grosse vache », « connasse », « je vais lui jeter l’agrafeuse à la gueule » ou encore « c’est dommage que ça ne l’ait pas assommée ». Ces propos eurent des conséquences importantes sur la santé de plusieurs collaborateurs, conduisirent à la saisine du médecin du travail et à une enquête interne.

La salariée soutint qu’il s’agissait d’une conversation privée entre collègues, qui n’était pas destinée à être entendue, et encore moins divulguée : selon elle, le juge aurait dû rechercher si elle avait voulu que ses propos soient entendus depuis le bureau voisin.

La cour d’appel de Chambéry jugea pourtant le licenciement pour faute grave justifié, et la Cour de cassation rejeta le pourvoi de la salariée formé contre cette décision. La salle de pause n’était séparée des bureaux voisins que par une cloison peu épaisse, et la salariée reconnaissait elle-même que ses propos avaient dû être entendus par l’une des personnes visées, qui se trouvait dans le bureau adjacent. Compte tenu « de l’endroit où elle s’était tenue et de la teneur des propos échangés liés à la vie professionnelle », la conversation ne relevait pas de la sphère de la vie privée, « peu important que les propos ne fussent pas destinés à être rendus publics ou que la salariée n’eût pas voulu qu’ils fussent entendus par la personne victime des moqueries » (Cass. soc., 23 septembre 2026, n° 25-14.347).

Ce ne sont donc pas les intentions de la salariée qui ont compté, mais le lieu et le contenu de ses propos. Pour les salariés, la salle de pause n’est pas un salon privé. Pour les employeurs, la solution n’a rien d’automatique : tout dépend des circonstances concrètes, qu’il leur appartient d’établir.

Me Manuel Dambrin


29 octobre 2026